47

 

 

 

M. Gé, en trois jours, avait survolé le monde. Son voyage lui avait permis de compléter les renseignements donnés par les instruments du laboratoire.

— La première phase des hostilités est terminée, dit-il à Hono. Il y a un vaincu, l’Angleterre. Il n’y a pas encore de vainqueur. Les laboratoires sont presque partout intacts, mais les stocks de projectiles doivent être épuisés. La dernière partie va se jouer autrement. Qui la gagnera ? Les Etats-Unis me paraissent hors de combat, la Suisse est en bon état, et elle possède l’arme suprême. Mais osera-t-elle l’employer ? Elle manque d’agressivité, elle n’a pas l’habitude. Pour l’instant, c’est la Russie qui me semble la mieux placée. Elle va sûrement remporter l’avant-dernière manche, et la dernière si la Suisse n’ose pas.

— On verra bien, dit Hono. En tout cas, nous sommes prêts.

Dans les jours qui suivirent, les sympathisants que la Russie était parvenue à introduire partout, sauf en Suisse, provoquèrent des révoltes au sein des nations combattantes, ou tout au moins, de ce qui en restait, c’est-à-dire des forteresses et laboratoires souterrains, et des quelques villes enterrées épargnées par miracle. Chacun de ces îlots fut proclamé République Socialiste Indépendante. La Russie n’existait plus, mais les deux tiers du monde lui appartenaient. Ce n’étaient guère que de vastes étendues couvertes de morts, mais le Président de la République Socialiste de Miami (Floride) déclara, faisant allusion aux nations et aux classes capitalistes réduites à l’état de monceaux de cadavres : « Il vaut mieux régner sur ces charognes qu’être leurs esclaves. »

La guerre s’était déroulée uniquement entre nations blanches. Celles-ci avaient autant que possible, sur l’avis des économistes, épargné les territoires peuplés de Noirs, de Jaunes et d’Arabes, afin de retrouver, une fois le conflit terminé, des clients…

La Russie put croire qu’elle avait définitivement gagné la partie quand les nations arabes se déclarèrent, à leur tour, Républiques Socialistes. Restait un dernier adversaire, la Suisse. Et dans les campagnes épargnées des nations neutres, les paysans se refusaient à devenir socialistes ou même à ressusciter toute sorte de gouvernement central. Ils avaient fait les moissons et se préparaient tranquillement aux travaux de l’automne. Ils ne voulaient rien savoir de plus. Ils commençaient à soupçonner que tout n’est pas toujours très bon dans un gouvernement, quelle que soit sa forme, et à croire qu’ils n’avaient besoin d’aucune loi pour les aider à labourer.

Devant ces résistances, les dirigeants de l’Internationale des Républiques Socialistes, réunis à Bougie, décidèrent de pousser immédiatement leurs avantages et d’en finir coûte que coûte. Du Maroc, des légions arabes passèrent en Espagne et remontèrent vers les Pyrénées.

Dans le même temps, une armée chinoise se dirigeait vers l’Europe par l’Iran et l’Asie Mineure.

Le gouvernement anglais, qui avait compté se réfugier dans les sous-sols de Moontown, avait vu ses plans bouleversés par la poule atomique. Une escadrille américaine de forteresses stratosphériques avait, le premier jour, attaqué avec des bombes de soixante tonnes l’œuf posé sur la Ville d’Acier. Et celle-ci et tout ce qu’elle contenait, et les derniers vestiges de l’O. N. U., avaient été submergés par un déluge de blanc et de jaune.

Les conducteurs des six cents camions à chenilles qui transportaient les archives des ministères s’arrêtèrent en pleine forêt vierge, attendant des ordres de la métropole. Les ministres furent cuits avant d’avoir pu les donner. Les papiers fournirent de la nourriture aux termites et des cache-sexe aux négresses.

La dernière partie allait se jouer entre une minuscule nation, dernier refuge d’un capitalisme périmé, et le reste du monde, représenté par deux armées barbares et une poignée de réformateurs épris d’une justice totale.

Il ne s’était pas écoulé plus de neuf semaines depuis l’éclosion dans le ciel de Paris de quatre petites fumées blanches.

Le diable l’emporte
titlepage.xhtml
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_000.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_001.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_002.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_003.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_004.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_005.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_006.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_007.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_008.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_009.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_010.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_011.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_012.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_013.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_014.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_015.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_016.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_017.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_018.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_019.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_020.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_021.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_022.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_023.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_024.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_025.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_026.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_027.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_028.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_029.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_030.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_031.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_032.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_033.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_034.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_035.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_036.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_037.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_038.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_039.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_040.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_041.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_042.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_043.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_044.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_045.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_046.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_047.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_048.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_049.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_050.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_051.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_052.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_053.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_054.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_055.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_056.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_057.htm
Rene Barjavel - Le diable l'emporte_split_058.htm